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Psy

Cette page n'a pas pour but de vous bourrer le crane a coup de mots hyper compliqué , ou de phrases complexe compréhensible uniquement par les initiés , nous allons essayer d'aborder un coté questionnement un peu plus profond au travers de textes , peut-etre vous y retrouverez vous ? peut etre non ? ( a lire a 2 sans moderation ... )


L'échangisme : libération sexuelle ou conformisme ?

A des années lumières des orgies mythiques où des dizaines de personnes se livraient ensemble à des relations sexuelles, l'échangisme se définit aujourd'hui comme une forme de comportement extra-conjugal codifié. Simple jeu récréatif et divertissant ou moyen de combler les insatisfactions de la vie d'un couple ?

L'échangisme met en jeu des couples légalement mariés ou non, qui pratiquent le coït avec une ou plusieurs personnes. Cette forme de relations socio-sexuelles s'est développée aux Etats-Unis depuis les années cinquante. À la même époque, en France, le sexologue Georges Valensin est le premier à avoir observé et décrit scientifiquement la "pratique des amours de groupe".

Le couple marital au centre de ces pratiques

L'échangisme reste cependant très différent des "communautés sexuelles" qui sont apparues au cours des années soixante-dix, dans le courant de la contre-culture. En effet, il s'agit, la plupart du temps, de relations éphémères, sans lendemain, contrairement aux communautés dans lesquelles on envisageait la destruction du couple. En principe, l'institution du couple n'est pas remise en cause au travers de ces pratiques, bien au contraire, elle en sort souvent renforcée.

Ethnographie de l'échangisme : un parcours bien balisé

Concrètement, un certain nombre de couples - hétérosexuels - se retrouvent pour passer une soirée ensemble dans une boîte de nuit ou au domicile de l'un d'entre eux, qui reçoit pour l'occasion. Les boîtes de nuit sont aménagées de façon à faciliter la circulation des participants d'un espace à un autre et à favoriser les échanges sociaux et sexuels.
On commence par prendre un verre autour du bar pour échanger quelques propos, on continue sur la piste de danse où l'on peut mieux jauger les corps et sélectionner les futurs partenaires à partir de premiers attouchements furtifs et l'on finit dans les "coins-calins" où, dans la pénombre, se déroulent les actes sexuels. Cet aménagement permet d'avoir des rapports sexuels en ayant fait l'économie d'une longue conversation. Tout se passe dans la boîte de nuit, les couples évitent ainsi d'avoir à recevoir chez soi des inconnus, ce qui pourrait présenter quelques risques.

Qui choisit qui ?

Mais les choses sont cependant moins simples qu'il n'y paraît car, alors qu'habituellement les deux partenaires sont les seuls à avoir à se choisir, dans les relations échangistes, la parade pré-coïtale implique les membres de deux couples au moins. Car pour que quelque chose se passe, il faut un accord entre les quatre protagonistes. Plus tard, dans la pénombre du "coin-calin" et dans le paroxysme de l'excitation, les caresses et les baisers peuvent s'échanger dans l'anonymat le plus complet. Nul n'est obligé de participer aux ébats et le voyeurisme peut constituer un plaisir solitaire ou partagé avec son partenaire. La présence de spectateurs peut d'ailleurs favoriser et stimuler l'exhibitionnisme de certains.


Rien à voir avec une orgie

L'échangisme moderne est bien différent de l'orgie mythique où des dizaines de personnes peuvent s'accoupler en même temps, dans le désordre le plus complet. Ici, les partenaires se choisissent avec soin, les contacts homosexuels entre hommes sont très rares, mais il est fréquent que deux femmes consentent à se dévêtir, se caresser et s'embrasser mutuellement sous l'œil ému de leurs conjoints. Le saphisme reste l'un des spectacles favoris de la gente masculine, et les clubs échangistes permettent d'y assister en "live". La présence du conjoint peut permettre en outre à une femme attirée par une autre femme, mais encore incertaine quant à ses désirs homosexuels, de s'initier à ces attouchements.

Les contradictions de l'échangisme

L'échangisme reste porteur d'un certain nombre de contradictions. S'agit-il d'une forme de libération visant à l'épanouissement sexuel, ou bien d'une forme évoluée de conformisme permettant de réduire considérablement les risques inhérents à l'adultère ? En effet, les échangistes pratiquent la plupart du temps sous l'œil vigilant de leur conjoint auquel rien n'échappe. Les contacts extra-conjugaux sont strictement prohibés. Le couple partage tout. Il s'agit d'une extension de l'intimité partagée du couple, les partenaires de rencontre ne devenant que de simples figurants dans une scénographie bien réglée. Le risque majeur est cependant du côté des hommes : ceux-ci peuvent mal supporter la comparaison face à d'autres hommes plus performants, mieux "montés" et plus à même d'assouvir les désirs de leur compagne.


Libertinage ou colmatage du couple ?

L'échangisme est-il enfin une forme d'amour sexuel récréatif et ludique à laquelle s'adonnent des libertins qui ont bien su faire le tri entre leurs émotions, leurs sentiments et la recherche de l'orgasme ? Ou bien s'agit-il de combler les insatisfactions et la lassitude inhérentes à la vie d'un couple ? Dans certains cas, le spectacle du conjoint dans les bras d'un ou d'une autre personne va raviver le désir défaillant en attisant une jalousie plus ou moins inconsciente. Le couple ressort-il plus soudé de ces expériences de confrontations avec d'autres ?

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Echanger n’est pas tromper

L’échangisme accorde les corps et se joue des sentiments. Pratiqué en couple selon des règles strictes, il a finalement peu de rapport avec l’infidélité, secrète et romantique.

L’échangisme a le vent en poupe. La littérature branchée (Michel Houellebecq ou Catherine Millet) lui offre des lettres de noblesse, les clubs se multiplient, et les « adeptes » sont de plus en plus jeunes. Est-ce l’indice d’une nouvelle façon d’être infidèle sans se « tromper », ou de demeurer fidèle tout en s’offrant le luxe de quelques incartades sous le regard de l’autre ? Risques et enjeux de cette infidélité vécue à deux.


Des couples de plus en plus jeunes
Il font partie de la « nouvelle génération » des échangistes. Un rajeunissement de cette population qui peut s’expliquer par un désenchantement de plus en plus précoce vis-à-vis de la sexualité. Ce n’est plus au milieu de la quarantaine que les couples commencent à avoir envie de pimenter leur vie, mais aux alentours de la trentaine, affirment les sexologues. Internet et ses sites échangistes sont depuis passés par là.

De plus, selon le psychanalyste Gérard Pommier, il est clair que la perversion soft – exhibitionnisme ou voyeurisme – peut faire aujourd’hui figure de modèle auquel il est de bon ton de se conformer.



L’homme décide, la femme récidive

« Dans 90 % des cas, c’est à l’initiative de l’homme qu’un couple se rend dans un lieu échangiste, mais c’est la femme qui pousse son compagnon à récidiver. Au début, la femme suit plus par amour que par curiosité. » Elle ajoute, amusée : « C’est après que le processus s’inverse. Lorsque la femme découvre qu’elle peut, à travers le multipartenariat, le saphisme ou d’autres jeux érotiques, enrichir sa sexualité, l’homme panique et arrête tout. »

« Logique, confirme le psychiatre Willy Pasini. Courageuses, les femmes vont beaucoup plus loin lorsqu’elles transgressent les tabous. L’homme échangiste a des motivations qu’il ne s’avoue pas toujours, telle l’homosexualité refoulée lorsqu’il jouit par procuration du spectacle de sa compagne faisant l’amour avec un autre. Ou encore, il déteste la comparaison, surtout lorsqu’elle lui est défavorable. Lorsqu’un couple échangiste se sépare, la femme réitère souvent cette pratique, l’homme très rarement. »


Une sexualité très codifiée

L’échangisme a donc peu de rapports avec l’infidélité, en ce sens qu’il est préalablement très codifié par la plupart des couples l’exerçant : ils se rendent dans ces « clubs pour couples », ne laissant aucune part à l’inconnu sur l’issue même de leur soirée.

Quand ils passent par le Minitel ou Internet, ils spécifient les codes, les modes opératoires et les territoires à respecter : « Trio OK, homme seul exclu, monsieur regarde juste, madame refuse ceci ou cela… » Les notions de propriété, de territorialité physique et affective y sont donc trop présentes pour que l’on puisse l’assimiler à de l’infidélité qui, par essence, reste synonyme de mensonges, d’absences du partenaire, voire de sentiments amoureux exogènes à la sphère conjugale.

« Les échangistes, qui se revendiquent comme tels par esprit de totale liberté sexuelle, évoluent en plein paradoxe, Il n’y a pas plus emprisonnant que l’échangisme :


EXTRAITS :

Adepte des expériences sexuelles à plusieurs, Catherine Millet a récemment publié au Seuil “La Vie sexuelle de Catherine M.”

« Aujourd’hui, je peux comptabiliser quarante-neuf hommes, dont je peux dire que leur sexe a pénétré le mien et auxquels je peux attribuer un nom. […] Même s’il y avait, dans les partouzes, des gens que je connaissais ou reconnaissais, l’enchaînement et la confusion des étreintes et des coïts étaient tels que, si je distinguais les corps, ou plutôt leurs attributs, je ne distinguais pas toujours les personnes. […] Certains contacts sont très éphémères et, si je pouvais les yeux fermés reconnaître une femme à la douceur de ses lèvres, je ne la reconnaissais pas forcément à des attouchements qui pouvaient être énergiques. Il m’est arrivé de ne réaliser qu’après-coup que j’avais échangé des caresses avec un travesti. J’étais livrée à une hydre. »

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L'échangisme interroge les bisexuel-le-s. Témoin cette page sur le site bisexuelle.net où l'auteur explique :
« Nous nous sommes aperçus que beaucoup de couples, dont l'homme ou la femme sont Bi, pratiquent "l'échangisme ».

L'échangisme semble intéresser des hommes et des femmes pour des raisons très différentes. Souvent au sein des groupes bi, et/ou des mouvements progressistes, l'échangisme semble représenter un Eldorado pour des nouvelles relations, une manière de dépasser le deux contraignant, le deux conjugal produit de l'hétéronormativité ; une manière de vivre, en couple ou non, ses attirances pour des sexualités « non-conformistes », en particulier sa bisexualité, qu'elle soit féminine ou masculine. Bref, l'échangisme serait une forme possible de l'Utopie que nous, hommes et femmes, avons envie de mettre en place, et surtout de vivre. J'ai eu, moi-même cette perception, ce rêve. Malheureusement, en dehors de quelques détournements fortement encadrés, nous allons le voir, l'échangisme est surtout une forme patriarcale et sexiste d'échange des femmes, un lieu à forte domination masculine, peu libéré des contraintes et des stéréotypes sociaux.

Pour d'autres, il s'agit de lutter contre ce que nous pouvons qualifier d'érotisme de l'habitude, de dépasser les habituels clivages des pratiques masculines et féminines dans la sexualité :
« Il ne faut pas croire que je ne suis pas satisfaite avec mon conjoint mais disons que " ça sort de l'ordinaire ". Pour plusieurs d'entre nous, les relations avec notre conjoint prennent une routine. Toujours à la même heure, toujours de la même manière et souvent, les fantasmes restent irréalisables. Aussi, avez-vous remarqué que beaucoup d'hommes et de femmes trompent leur conjoint à un moment donné de la relation ...
Donc, pourquoi ne pas parler de nos fantasmes et envies à notre partenaire !!
On ne sait jamais, peut-être que vous serez surpris par sa réponse.
Et nous voilà arrivés au moment où on parle d'échangisme… »

Et c'est ainsi, que dépassant l'habituelle réclusion des femmes dans le domestique pendant que leur conjoint s'adonnait à des sexualités récréatives, tarifées ou non, de nombreux hommes et de nombreuses femmes qui fréquentent ces lieux ont l'impression d'appartenir à une élite libérée.


Quelques mots pour rappeler le cadre de l'échangisme.


Pratique réservée aux classes supérieures jusqu'en 1990, avec utilisation de personnes prostituées pour satisfaire les nombreux hommes seuls qui fréquentaient ces lieux (Valensin, 1973), l'échangisme, appelé aussi non-conformisme, libertinage, s'est fortement développé ces dernières années en s'étendant aux classes moyennes, et à des jeunes couples. Aujourd'hui l'échangisme est à la mode.Houellebecq (1998) et l'ensemble des médias en témoignent.
Contrairement au leurre que suggèrent les termes échangisme, couples, la planète échangiste qui intègre petites annonces dans les revues spécialisées, dragues internets, clubs pour couples, saunas… est un territoire commercial où les hommes sont très largement majoritaires, et les couples minoritaires.
Le comptage des petites annonces de la revue Swing donne ces résultats ;

Types de petites annonces
(Swing n° 38) Nombre de petites annonces Pourcentage
Couple H/F 388 38. 8 %
Hommes seuls 512 51. 2 %
Femmes seules 35 3,5%
Hommes Travestis 19 (3) 1. 9 %
Duos ou Groupe d'hommes 7 0. 7 %
Duos ou groupe de femmes 1 0. 1 %
Groupes mixtes (1) 16 1. 6 %
Duos Mixtes(2) 22 2,2%
Total 1000 100%

(1) Groupe d'hommes et de femmes sans précision de liens érotiques ou conjugaux
(2) Couple H-F se présentant sans lien conjugal ou érotique
(3) Ce chiffre passe à 27 si on intègre les travestis occasionnels

Les hommes (seuls ou en couple) représentent donc près de 75 % de la population qui se réclame de ces pratiques à travers les petites annonces. Nos observations empiriques dans les clubs, sauna et autres lieux de drague, sont congruentes avec ces données.

Deux mots sur l'ambiance d'extrême liberté de ces lieux.
Deux types de contraintes sur les femmes me semblent déterminantes :
- la pression liée au commerce du sexe
- la pornographie et les images sexistes


- La pression masculine due au commerce du sexe

Même si le prix d'entrée pour les couples n'est pas négligeable, ce sont les hommes seuls, majoritaires, qui procurent les bénéfices substantiels aux commerçants échangistes. Ils payent un prix d'entrée souvent plus de deux fois supérieurs aux couples (de 200 à 600 f). On comprends qu'ils veulent rentabiliser leur investissement.
Ce sont souvent des hommes mariés qui, en secret de leur compagne, paient une sexualité récréative, comme ils payaient auparavant un-e travailleuse du sexe. Sauf qu'ici, pour la même somme, ils sont au chaud, peuvent passer une soirée (et non pas une passe rapide) et surtout qu'il est préférable, aujourd'hui, de se présenter comme libertin que comme client de prostitué-e.
L'omniprésence des hommes seuls accroît la pression sur les femmes pour qu'elle se livrent à des sexualités collectives. Quand on sait — pour l'avoir observé de visu — qu'un nombre important de compagnes viennent pour faire plaisir à leur conjoint, quand elles n'y sont pas purement et simplement obligées par des moyens plus ou moins violents.

Car le statut des hommes et des femmes est fondamentalement différent. Ce sont les femmes qui sont recherchées par les hommes, les femmes (compagnes) qui sont échangées, prétées, exhibées… Les femmes ont un valeur associée à leur esthétisme et à leur degré de soumissions aux fantasmes masculins. ET malheur à celles qui voudraient, comme les y invite les publicités, se croire dans un lieu d'extrême liberté. Dans la plupart des lieux échangistes, elles n'ont pas le droit d'entrer en pantalons…

- la pornographie et les images sexistes

Les stéréotypes sexistes sont omniprésents dans les publicités et dans la pornographie diffusée dans ces lieux. Cela aboutit à propager en permanence des images de femmes soumises à tous les désirs masculins. Qualifiées alors de « salopes», qualification qui se décline par tous et toutes, et à tous les temps, elles ont peu de marge de manœuvre pour affirmer d'autres choix de scripts sexuels.
« Etre traitée de salope, ça va, mais quand c'est que cela… non » nous disait une femme libertine qui voulait, elle, jouer avec les positions, les initiatives, les fantasmes…
On a même pu faire une corrélation très nette entre l'envahissement pornographique (écran larges, volume sonore…) et le taux de violences que subissaient les femmes dans ces lieux.

Un autre point mériterait débat pour comprendre l'échangisme : l'influence des rapports sociaux de sexe, de la domination masculine, sur les modèles de sexualités.

Tout mâle, depuis l'enfance et les premières revues pornographiques achetées ou volées, sait qu'il peut, pour une somme modique louer ou acheter les services sexuels d'une femme, d'un homme, ou d'un transgenre.
Seulement le secret qui lient les dominants entre eux (Godelier, 1982, Mathieu, 1985, Welzer-Lang, 2000) leur demande le silence. Dans un système viriarcal, à domination masculine, la sexualité extraconjugale de l'homme est inhérente au contrat de mariage où l'homme promet fidélité à sa conjointe.
C'est sans doute sur la définition asymétrique de la fidélité que se divisent hommes et femmes et que de fixe une partie du secret. Pour les femmes, la fidélité inclue leur non-accès à d'autres types de sexualité. Quelles qu'en soient les formes : récréatives, libidinales ou investies socialement. Et les hommes contrôlent, notamment par l'enfermement domestique, la violence et la jalousie l'exclusivité d'usage de leur compagne. Quant à eux, ils sont fidèle au contrat de mariage, i.e. ils n'investissent pas, ou peu leurs autres formes de sexualité. En tous cas le hommes (fidèles) privilégient la vie sociale, affective, reproductive avec leur compagne légitime.
Les différentes définitions de l'amour encadrent le secret des hommes : tout -en-un pour les femmes [le même homme — semblable au prince charmant — doit être un bon père, un bon mari et un bon amant] et division des femmes en plusieurs types pour les hommes [la compagne légitime affectée au domestique et les salopes (que l'on ne paie pas), ou les putains (que l'on doit payer) affectées à la sexualité].

Ce sont ces schèmes que, parfois hommes et femmes en couples essaient de dépasser (quand il s'agit d'une réelle décision commune, ce qui n'est pas — et de loin— toujours le cas. Mais ce sont aussi ces même schèmes que véhiculent les hommes seuls dans l'échangisme. Eux sont dans la dichotomie. Et ce n'est pas un hasard si la plupart d'entre-eux affirment, qu'en définitive, après avoir affirmé qu'elle ne veut pas, ils expliquent qu'en dernière analyse, ils préfèrent que leur femme reste à la maison.


Les bisexualités dans l'échangisme

Nous avons été étonné de l'importance des pratiques bisexuelles, au masculin comme au féminin. Ces pratiques se donnent à voir bien différemment.

Les femmes et leur bisexualité servent d'intermédiaires entre hommes pour favoriser les contacts entre couples tout en excitant les conjoints. Les bisexualités féminines, réelles ou formelles, se doivent d'être démonstratives.« Toutes les femmes sont bi par nature, sauf avis contraire », telle semble être la doxa échangiste véhiculée par les hommes et par les femmes. Et ce ne sont pas les scènes de lesbianisme, présentes dans la quasi totalité de la pornographie hétérosexuelle qui viennent contredire cette représentation. Si quelques femmes lesbiennes viennent draguer en club, la plupart des femmes expliquent avoir découvert ces pratiques dans le milieu libertin. Pressées par leur conjoint, guidées par les autres femmes qui fréquentent ces lieux depuis plus longtemps qu'elles, elles semblent investir ce type de sexualité comme une forme de sexualité où elles ne sont pas directement exposées aux désirs masculins, où elles peuvent vivre « autre chose ». Et beaucoup disent y prendre goût.

Les bisexualités masculines sont elles, invisibilisées : attouchements furtifs lors de pratiques de groupe ou en « trio » entre couples et hommes seuls. Beaucoup d'hommes seuls décrivent comment l'accès à la femme d'un couple dans un trio passe par des attouchements obligatoires, et préalables, avec l'homme. C'est ainsi que nous avons estimé qu'un homme échangiste sur trois avait des pratiques bisexuelles. On imagine facilement les réactions de déni d'un milieu où l'homophobie est très présente. Une revue échangiste a alors mis au point son propre questionnaire pour « remettre les choses au clair… ». Le numéro 114 de Loisirs 2000 donne les premiers résultats de l'enquête, à laquelle 87 couples ont répondu. Résultats : « 25% des hommes avouent leur bisexualité, 8,3% l'envisagent et 27,8% des hommes en ont le fantasme ». Le rédacteur ajoute : « Cela donne à réfléchir car nous sommes dans un milieu où les jeux entre dames sont encouragés, mais où l'homosexualité masculine est plutôt mal vue et ne s'avoue pas facilement ». La bisexualité masculine des hommes qui s'affirment hétérosexuels exclusifs, déjà aperçue dans les backrooms gais et avec les clients des prostitué-e-s transgenres, interroge nos constructions des catégories de sexualités établies à partir du déclaratif, sans lien avec les pratiques réelles.

En tous cas, l'échangisme est une pratique sociale qui permet d'ouvrir les scripts sexuels des hommes et des femmes, en couple ou non à une variation de pratiques sexuelles. Ceci peut sans doute expliquer pour partie son développement récent. Mais ces nouvelles pratiques en couple, ici proposées par le commerce libertin, n'ont de sens que si l'on aborde aussi le cadre où elles s'inscrivent, en particulier pour les couples, l'évolution des structures familiales.
Car, et le texte présent sur le site multisexuelle.net en est un exemple, l'échangisme est aussi une pratique familialiste, un rempart contre la dilution des couples, l'infidélité des hommes.

L'utopie dite conjugale d'une autre sexualité


L'échangisme, vu du côté des couples légitimes, questionne les transformations familiales. La famille, devenue plus relationnelle (Durkheim, 1921 ; de Singly, 1996), est en perpétuelle évolution. Confrontée ces dernières décennies aux récusations féministes de la domination masculine, à la remise en cause des rapports sociaux de sexe qui construisent les couples, elle a même vu dernièrement contestées ses bases hétérosexistes et homophobes. La lente émergence de l'individu-e, qui constitue le grand tournant des années 60, est consubstantielle avec l'entrée du désir sexuel dans la famille ; pour les hommes et pour les femmes. Concernant la sexualité conjugale, sont apparus une multiplicité de modèles dont l'échangisme, du moins la « sursexualisation de la famille » (Foucault, 1976), n'est qu'un pôle émergent. Comme le sont d'ailleurs aujourd'hui au Japon les « sans sexe » qu'évoque Chizuko Ueno (1995). Multirelationnalité, multisexualité et non-sexualité sont deux extrêmes d'une pratique qui se diversifie. Dans le milieu libertin nous serions en présence d'une nouvelle tentative, initiée par les hommes, de dépasser la dichotomie traditionnelle qui organisait la gestion multisexuelle des désirs masculins entre sexualité conjugale reproductrice et sexualité libidinale extra-conjugale (avec l'aide de prostitué-e-s, de maîtresses ou d'amant-e-s). Ceci est d'autant facilité par le leurre, l'effet d'annonce, que constitue l'appellation échangiste elle-même. Mais cette utopie « conjugale » de dépasser les territorialisations masculines et féminines des sexualités (le fait de s'amuser ensemble) se heurte aux formes masculines de gestion et de contrôle du commerce du sexe qui instrumentalisent ce que la pornographie décrète être le désir féminin, et à la définition fondamentalement masculine de cette forme d'utopie elle-même.

En état, même ouvrant sur des formes de sexualités moins hétéronormatives, en particulier les bisexualités ou la multisexualité conjugale (le dépassement du « deux» ) l'échangisme n'a rien d'une sexualité libérée des stéréotypes sexistes. Au contraire, intégrant l'émergence (récente) du désir féminin dans le couple, et sous couvert d'un discours libéral, l'échangisme apparaît comme une énième tentative de récupération du pouvoir masculin, mis à mal ces dernières années par les luttes de femmes.